240 x 290 mm
128
7 mai 2026
Prix : 28 €
ISBN : 978-2-86266-856-7

André Cervera – Carambolages

La figuration libre s’est épanouie à Sète et le musée Paul Valéry entretient avec elle un compagnonnage qui s’inscrit dans un temps long. André Cervera a noué également des liens solides avec ses « grands frères » et a développé sa pratique artistique dans leur sillage tout en cultivant une liberté certaine. En retrouvant le chemin du musée, l’artiste a voulu embrasser l’ensemble de son travail, mais sans tomber dans un quelconque passéisme. Bien au contraire, ce regard s’oriente tout autant vers le futur et ce qui pourrait s’apparenter à un bilan devient l’occasion de renouveler sa pratique. Les deux années de préparation ont été l’occasion de revisiter les thèmes, les inspirations, les processus artistiques pour les réinventer, les enrichir en créant de nouvelles peintures.

Les trente-neuf oeuvres que l’artiste a conçues pour l’exposition donnent à voir un territoire sétois peuplé de monstres, de fantômes et de souvenirs, mais également des territoires imaginaires qui incarnent le déplacement de l’artiste dans l’espace géographique de notre planète autant que dans son espace mental qui s’élargit au fil de ses voyages. Certaines oeuvres majeures de l’histoire de l’art font également écho pour lui à l’actualité la plus brûlante et son travail de réinterprétation en fait résonner la force dramatique. André Cervera a développé un art singulier autour d’une esthétique du carambolage où se percutent des références culturelles et artistiques multiples, où l’hybridation est érigée en principe plastique, où la révérence aux grandes oeuvres de l’histoire de l’art le dispute à la remise en cause de toute hiérarchie artistique. La fragmentation et l’hétérogénéité aussi bien des techniques que des références plastiques et mémorielles trouvent leur résolution dans l’art du montage visuel, où la composition picturale adopte la logique d’un plan cinématographique. La peinture constitue pour lui une expérience existentielle à part entière. La mort est ainsi omniprésente dans son oeuvre, mais l’appétit de vivre le traverse tout autant. Une énergie ambivalente met ainsi ses oeuvres en tension, vient lutter contre l’effacement et l’oubli. Le grotesque et l’expressionnisme sont autant de tentatives d’amadouer l’angoisse que recèlent ses oeuvres. L’autofiction échappe à toute logique narcissique et fait crisser les forces sociales, la mémoire collective et les souvenirs personnels. Enfin, peintre du « quotidien extraordinaire », André Cervera nous propose une traversée entre réel et imaginaire, entre visible et invisible. Ses peintures sont nourries autant par son expérience vécue que par ses projections imaginaires. Les masques mettent en évidence comment les archétypes sociaux, les forces pulsionnelles viennent troubler l’identité ou viennent la révéler dans sa vérité complexe et mutable. La fascination de l’artiste pour le chamanisme ou la magie tend à faire de la peinture un rituel dont on ne sait pas s’il cherche l’intercession, la conjuration ou la conciliation des forces qui nous dépassent, s’il peut réparer la morsure du temps.

Sous la direction de Camille Bertrand-Hardy Conservatrice du patrimoine Directrice du pôle des musées. Textes de Olivier Kaeppelin, Amélie Adamo, Stéphane Tarroux, Philippe Saulle.

Coédition Musée Paul Valéry / éditions Loubatières