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L’Auvergne, dans ma mythologie d’enfant, dut représenter quelque chose comme le lieu de l’origine, au moins celle des cours d’eau qui baignent notre pays. Mes manuels scolaires n’affirmaient-ils pas que le Massif central était le « château d’eau de la France » ? La Loire, l’Allier, la Dordogne, le Lot et l’Aveyron, la Truyère et le Tarn, tous descendaient de ses monts, irriguaient un temps ses planèzes ou ses limagnes avant d’embrasser, parvenus en des contrées plus douces et plus faciles, leur essence de fleuves ou de rivières. Plus tard aussi je lus le cas de cet enfant autiste d’une institution près d’Aurillac : quand il pleuvait, il passait ses journées sous la gouttière à distribuer l’eau qu’il recevait sur la tête aux quatre coins de l’horizon : il devait s’imaginer que s’il n’accomplissait pas cette tâche à la fois pratique et sacrée les terres alentours mourraient de soif ; il s’était identifié au pays d’Auvergne.
Telle est, je crois, la fonction véritable de tout centre : dispenser aux autres lieux, contrées vagues et improbables, terres gastes frappées de malédictions tant que le souffle de l’Esprit n’est pas passé sur elles, non pas de l’eau peut-être, mais du sens, de telle manière qu’irrigués par ce flux invisible ils prennent à leur tour vie et essor spirituel. Par bien des traits l’Auvergne apparaît comme la seule région française susceptible de correspondre à cette fonction. Elle est un haut sanctuaire, une terre sainte et préservée, le but d’un pèlerinage qui, au lieu de se mettre en quête d’un lieu précis – mont, église, caverne –, chercherait à revenir à la source de l’espace.

auteur : Pierre Le Coz

broché – 15,5 x 21 – 152 pages – juin 2005 – 15,20 euros – ISBN 2-86266-470-7

 

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