Cet ouvrage se propose d’étudier certains aspects mortifères de notre monde moderne, et cela notamment à partir de l’examen du concept de « monde-tombe » de Ludwig Binswanger, notion utilisée ici, non pas en mode psychique, mais ontologique : appliquée non à un individu mais à une époque entière – la nôtre. Par cette analyse, Pierre Le Coz fait venir ce qui à ses yeux caractérise le monde contemporain : sa rédhibitoire clôture s’étendant à tous les domaines y compris ceux de la vie la plus quotidienne ; clôture associée à un cours lui-même très particulier du devenir, et qui se caractérise par un temps s’effondrant en direction d’un unique instant-évènement où est (sera) rassemblée la totalité de l’histoire humaine : ce que certains appellent « la fin du monde » (mais de quel « monde » au juste ?) et d’autres « l’Apocalypse ». Ce qui au bout du compte est tenté ici n’est rien moins que la description de ce processus à la fois extrêmement prégnant (puisque personne ne semble pouvoir y échapper) et toujours, après cinq siècles, aussi mystérieux du moderne ; et comment notamment les entreprises historiques de ceux-là mêmes qui prétendaient le maîtriser (en mode « progressiste ») voire s’y opposer (en mode « réactionnaire ») n’ont abouti qu’à une seule chose : l’accélérer et le renforcer toujours plus, si bien que ce « moderne » apparaît désormais à nombre de nos contemporains comme un « destin » (dont un nom serait par exemple « mondialisation », mais il y en a d’autres) contre lequel il n’y aurait qu’à subir. Il n’en est bien sûr rien, et il sera montré dans un prochain ouvrage (Le Secret de la vie) comment ce processus peut être surmonté, et brisée la clôture époquale de ce monde même : « tombe » et « moderne ».

Ici encore, comme dans ses précédents essais, l’auteur parvient à réaliser le mariage entre des considérations philosophiques ou théologiques parfois subtiles et d’autres qui, elles, relèvent de la vie la plus « ordinaire », voire même des débats qui animent l’actualité vulgaire-médiatique : c’est ainsi qu’on trouvera, à côté de l’examen de notions telles que la sainteté, ou « l’aventure poétique », ou l’accélération du temps, des analyses très approfondies de la « souffrance au travail », de la « fête » (de la conception que s’en font nos sociétés), de la « précarité » et du « bruit » (en tant que la nuisance la plus fondamentale de toute cette fantasmagorie), etc. En ce sens, ce Voyage des morts se veut un livre essentiellement pratique, sorte de « manuel de survie aux temps du nihilisme achevé », et dont l’un des mérites consiste à décrire sans illusion – mais sans désespoir non plus – ces temps : en en dessinant le contour de détresse maximale, mais en en indiquant aussi les chemins qui pourraient nous conduire vers leur sortie et vers un « redressement ».

Avec Le Voyage des morts se poursuit la méditation commencée dans L’Europe et la Profondeur, le Traité du Même et  L’Empire et le Royaume, ouvrages parus aux éditions Loubatières en 2007 et 2010. Un cinquième tome, Le Secret de la vie, est en préparation.

 

auteur : Pierre Le Coz

Essai – broché – 14 x 21 cm – 920 pages – mars 2011– 29 euros
ISBN 978-2-86266-635-8

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