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« Mon projet serait donc, en commençant la rédaction de cet Atelier du silence, d’accomplir la même chose que Vermeer, pour le domaine du visible et du spatial, a accomplie en son « Art de la peinture » : faire entendre le silence qui est à la source de toute création – traduction picturale-vermérienne : faire voir le vide qui est à la source de toute « action de voir » – en donnant, par un faire-silence approprié, la parole au sens – en « se laissant dire » par lui de telle façon que ce que l’on écrit devienne une aventure au pays des mots, dans le domaine du sonore et du temporel (comme celle vermérienne le fut dans le domaine du visible et du spatial), de ce sens même. De la même façon que Vermeer, pour rendre compte de son « art », a dû peindre un certain vide, il me faut donc à mon tour, pour rendre compte de l’essence du mien (le « poétique » et plus généralement la « littérature »), faire entendre un certain silence et, pour cela, ouvrir dans la profondeur temporello-sonore (« disante ») un atelier où l’on s’exercera d’abord, en mode lent et méditatif, à « faire silence » : l’atelier du silence.

« Le livre que j’entreprends aujourd’hui n’est rien d’autre que cette ouverture par laquelle chacun a loisir – en écrivant ou en lisant (mais n’est-ce pas au fond la même chose ?) ce livre – de s’enfoncer en direction du cœur du silence, c’est-à-dire en direction du « point » ou du « centre » d’où jaillit à profusion le sens, par quoi il nous inonde de sa faveur « pensive », nous comble de ses privautés « méditatives ». Mais par là aussi vient à la conscience d’une époque l’idée d’une transition entre deux âges du monde – qui sont aussi bien deux âges de sa « littérature » –, et « transition » que seuls peuvent opérer ceux qui auront eu, loin des prébendes éditorialo-narcissiques que le « Spectacle » attribue à ses affidés, la présence d’esprit de venir travailler en cet atelier (et, en son « silence », de tenir bon : sans trop s’offusquer de la non-réception par cette époque de leurs propres travaux). Car d’évidence, si l’on veut faire affluer de nouveau le sens « en ce monde ennuyé » – en, par exemple et pour le domaine du strict « littéraire », faisant rebondir la langue –, c’est là et nulle part ailleurs qu’il faut se tenir : parce que ce « là » est justement le lieu où le sens jaillit et où, par suite, la langue a loisir de se ressourcer et, en ce ressourcement, de se mettre à sonner autrement (…) »

auteur : Pierre Le Coz

Essai – broché – 14 x 21 cm – 744 pages – mai 2016– 29 euros
ISBN 978-2-86266-734-8

 

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